02 juin 2008

Puerta, Camino, Mondeño


"¡¡¡Tù, guiri, con tu acento de guiri !!!" o algo así... No me acuerdo... C'est juste pour le plaisir de répéter le terme : guiri. En gros, le guiri est un touriste d'un pays du Nord et qu'on remarque du premier coup d'oeil. Ça n'a rien de très cariñoso. Alors pour la forme, je fais mon renfrogné. J'ai pas choisi la peau et les yeux clairs qui me font cette pinta de guiri, et puis crois-moi, même avec mon acento de guiri, Conde et Ferrera ont bien compris ce que j'avais à leur dire, na !

"Pero me encanta, ¡sabes!" me répond son sourire qui illumine un visage déjà incendié par la chispa de son regard. Je ne cherchais pas grand-chose d'autre d'ailleurs, peut-être la chaleur de ses mains sur mes joues, j'avoue. Avec un sourire pareil, j'imagine sans peine le plaisir des syllabes que son accent sévillan dévore de temps à autre, pas sur "encanta" dont elle allonge chaque syllabe comme une série du Cid, deux sons templés, interminables et ce "-nnta" qui éclate comme un pecho.

Et puis "guiri"... qui résonne comme une onomatopée malicieuse.

Viento del Sur,
moreno, ardiente,

llegas sobre mi carne,
trayéndome semilla
de brillantes
miradas, empapado
de azahares.*

Amparo ne connait pas grand-chose aux toros. Enfin, pour une Sevillana, s'entend. Petite, elle croisait Curro faire son jogging dans son quartier, mais no le gustan tanto los toros, bien qu'elle y aille volontiers, pour juger de la hechura de torero des uns et des autres, débattre de la définition de "genio" ("y Yo, tengo mucho genio, ¡sabes!"), rappeler qu'il faut respecter le torero sans pour autant transiger ou m'émerveiller par la justesse des expressions taurines que sa bouche n'a pas tout à fait avalées. Avec pareil vocabulaire et ce soupçon de culture taurine déposé par le vent d'afición qui souffle sur Séville, Amparo me ferait croire qu'elle fréquente assidument la Maestranza et qu'elle a ingurgité toute la littérature du genre. Mais quel besoin de m'impressionner, cette estampe de Sevillana me ferait croire n'importe quoi de toute façon, avec mon consentement pour peu qu'elle le demande en souriant. Si j'étais empresa de la Maestranza, je lui offrirais un abono pour sauver les tardes de désastre : le trapío sévillan en rémission de tous les péchés du mundillo.

Me perdería por tu país moreno,
María del Carmen.
Me perdería por tus ojos sin nadie pulsando
los teclados de tu boca inefable.
En tu abrazo perpetuo sería moreno el aire y
tendría la brisa el vello de tu cara.
Me perdería por tus senos temblantes, por
las hondas negruras de tu cuerpo suave.
Me perdería por tu país moreno,
María del Carmen.**

María del Carmen ou Amparo, qu'importe le prénom de ce país moreno où je me perds le temps d'une visite à Madrid, "¿Qué nos importa? Qué nos vuelvamos locos aunque sean sólo unos dias." Cariñosos, tiernos, tus brazos rodeándome... Même "acariciar" sonne moins tranchant en tu boca inefable, Amparo. Tes mots gentiment moqueurs, ton humour tendre, et le son de ton nom qui claque comme la peau d'un tambour, que m'importe le ciel menaçant de Madrid puisque ta peau est plus sombre, que m'importe le froid ou la pluie au soleil de ta présence qui me berce de sa flamme !
Là-bas, dimanche s'appelle domingo et ça sonne nettement moins navrant, résigné et ennuyeux qu'ici, mais on a beau le commencer avec un pan tostado inondé d'aceite y tomate, même tes lèvres, collées à ma joue qui cherche à garder sa dignité, ne parviennent pas à oculter ton AVE qui te ramènera à Séville et qu'il me faudra passer bientôt par Orly.
Et nom de Dieu, c'est triste Orly le dimanche...

- ¿Conoces este refràn? "Puerta, Camino, Mondeño", sabes, como los toreros...
- Si, los toreros, pero no... ¿Qué significa eso?
- En Sevilla, se utiliza al fin de un buen momento, para decir "c'est fini".

Extraits tirés de "Veleta"* et de "Canción morena"** de Federico García Lorca.